Le syndrome d’Alström est une maladie génétique rare et grave, autosomique récessive, causée par des mutations du gène ALMS1 (chromosome 2), affecte divers systèmes de l’organisme, notamment la vision, l’audition, le cœur, le métabolisme et le système rénal avec une évolution progressive vers des atteintes sévères. Bien que les manifestations cliniques du syndrome d’Alström soient variées, l’impact sur le sommeil est un aspect souvent négligé mais essentiel à considérer pour améliorer la qualité de vie des patients.
Manifestations cliniques du syndrome d'Alström
Les individus atteints du syndrome d’Alström présentent généralement les symptômes suivants :
Cécité progressive
- Déficience visuelle : Dès la petite enfance, une photophobie (sensibilité à la lumière) et un nystagmus (mouvements involontaires des yeux) peuvent survenir, évoluant souvent vers une cécité progressive.
- Perte auditive : Une perte auditive neurosensorielle, variant de légère à profonde, est fréquente et tend à s’aggraver avec l’âge.
- Obésité et troubles métaboliques : Les patients présentent souvent une obésité associée à une résistance à l’insuline, pouvant évoluer vers un diabète de type 2 précoce.
- Problèmes cardiaques : Une cardiomyopathie dilatée peut survenir, augmentant le risque d’insuffisance cardiaque.
- Dysfonctionnements hépatiques et rénaux : Des affections du foie et des reins peuvent se développer, affectant leur fonction.
- Foie : fibrose hépatique, élévation des transaminases
- Poumons : infections respiratoires fréquentes
- Système endocrinien : hypogonadisme, troubles thyroidiens
- Troubles cognitifs modérés à sévères, mais intelligence souvent normale.
- Epidémiologie : Très rare : moins de 1 000 cas décrits dans le monde.
Pronostic : L’espérance de vie est réduite en raison des complications cardiaques, rénales ou hépatiques
Le diagnostic précoce et une prise en charge pluridisciplinaire sont essentiels.
Facteurs perturbant le sommeil chez les patients atteints du syndrome d’Alström
Le sommeil chez les personnes atteintes du syndrome d’Alström est souvent perturbé par une série de facteurs liés à la physiopathologie de la maladie elle-même, à ses nombreuses comorbidités, ainsi qu’aux traitements médicamenteux associés. Comprendre ces éléments est essentiel pour mettre en place une prise en charge globale et efficace des troubles du sommeil. Voici les principaux mécanismes identifiés :
- Dysrégulation des rythmes circadiens liée à une atteinte des cils cellulaires : L’une des caractéristiques fondamentales du syndrome d’Alström est une anomalie dans la fonction des cils primaires, des structures cellulaires impliquées dans de nombreux processus de signalisation intracellulaire. Or, ces cils jouent également un rôle dans la régulation de l’horloge biologique interne, en particulier dans les cellules de l’hypothalamus impliquées dans le contrôle des rythmes circadiens. Ainsi, leur dysfonctionnement pourrait perturber la régulation naturelle des cycles veille-sommeil. De plus, une majorité des patients atteints du syndrome présentent une perte progressive de la vision, voire une cécité complète, ce qui diminue ou annule la perception de la lumière naturelle. La lumière est le principal « zeitgeber » (synchroniseur) de l’horloge biologique. Son absence peut donc désynchroniser les rythmes circadiens internes par rapport au cycle jour-nuit de l’environnement. Il en résulte souvent une désorganisation des cycles veille-sommeil, avec des endormissements tardifs, des éveils nocturnes fréquents, une somnolence diurne excessive, ou des réveils très précoces. Ces troubles du rythme circadien peuvent fortement altérer la qualité du sommeil et aggraver la fatigue chronique.
- Douleurs nocturnes dues aux atteintes cardiaques et musculo-squelettiques : Le syndrome d’Alström est également associé à diverses atteintes organiques, notamment cardiaques (cardiomyopathie dilatée, insuffisance cardiaque) et musculo-squelettiques (myalgies, douleurs articulaires ou tensions musculaires). Ces douleurs chroniques ou intermittentes peuvent s’intensifier pendant la nuit ou lors du repos, provoquant des réveils nocturnes, des difficultés à se rendormir, ou une diminution globale de la durée et de la profondeur du sommeil. Chez certains patients, la gêne peut être exacerbée par une position allongée prolongée, par la congestion pulmonaire en cas d’insuffisance cardiaque, ou encore par des mouvements involontaires douloureux. La douleur chronique constitue ainsi un facteur majeur de fragmentation du sommeil, contribuant à une fatigue persistante le jour suivant, à une irritabilité accrue, voire à des troubles anxieux ou dépressifs.
- Troubles métaboliques et respiratoires : obésité, diabète et apnée du sommeil : Les troubles métaboliques, particulièrement fréquents dans le syndrome d’Alström, constituent un autre facteur important de perturbation du sommeil. L’obésité, souvent présente dès l’enfance ou l’adolescence, est un facteur de risque reconnu du syndrome d’apnées obstructives du sommeil. Cette pathologie se manifeste par des arrêts respiratoires répétés durant le sommeil, provoquant des micro-réveils fréquents, une oxygénation insuffisante, et une fragmentation du sommeil profond. Le diabète de type 2, également fréquent dans cette population, peut lui aussi perturber le sommeil de plusieurs façons : d’une part, par des symptômes directs (polyurie nocturne, hypoglycémies ou hyperglycémies nocturnes), et d’autre part, en aggravant les atteintes nerveuses périphériques, pouvant entraîner des douleurs nocturnes ou un syndrome des jambes sans repos. Ces perturbations entraînent une mauvaise qualité de sommeil et une somnolence diurne marquée, réduisant les capacités cognitives et la vigilance, et augmentant le risque de complications métaboliques.
- Effets secondaires des traitements médicamenteux : Enfin, les traitements prescrits pour gérer les multiples manifestations du syndrome d’Alström peuvent eux-mêmes avoir des répercussions négatives sur le sommeil. De nombreux patients sont polymédiqués, recevant des traitements pour l’hypertension artérielle, le diabète, l’hyperlipidémie, les troubles cardiaques ou neurologiques, entre autres. Certains médicaments, comme les corticostéroïdes, certains bêtabloquants, les antidépresseurs ou encore les psychostimulants, peuvent provoquer des effets secondaires tels que l’insomnie, une agitation nocturne, ou, à l’inverse, une somnolence excessive en journée. L’horloge biologique peut également être perturbée par des médicaments agissant sur le système nerveux central, affectant les cycles naturels de vigilance et de repos. Il est donc indispensable d’évaluer régulièrement le bilan médicamenteux du patient, d’ajuster les posologies ou les moments de prise, et, si possible, de privilégier des alternatives thérapeutiques moins perturbantes pour le sommeil.
Approche diagnostique et prise en charge des troubles du sommeil dans le syndrome d'Alström
Chez les patients atteints du syndrome d’Alström, les troubles du sommeil peuvent être variés et souvent sous-estimés, alors qu’ils ont un impact significatif sur la qualité de vie, la cognition, l’humeur et l’évolution des comorbidités. Une évaluation rigoureuse et multidisciplinaire est donc indispensable pour comprendre pleinement les difficultés rencontrées et mettre en œuvre une prise en charge personnalisée et efficace.
Évaluation clinique initiale
L’évaluation débute par une consultation clinique approfondie. Elle vise à recueillir une anamnèse complète centrée sur le sommeil, en interrogeant le patient et/ou ses aidants sur les habitudes de sommeil (heure du coucher et du lever, régularité, durée du sommeil, rituels associés), la qualité perçue du sommeil, et la présence éventuelle de troubles nocturnes ou diurnes. Les symptômes à rechercher incluent des difficultés d’endormissement ou des réveils nocturnes fréquents (évoquant une insomnie), une somnolence excessive en journée (pouvant suggérer une hypersomnolence ou un trouble respiratoire du sommeil), des ronflements, des pauses respiratoires pendant le sommeil (rapportées par l’entourage), des mouvements anormaux pendant la nuit, ou encore des comportements inhabituels (comme le somnambulisme ou les terreurs nocturnes).
Il est également essentiel de documenter l’impact fonctionnel de ces troubles : fatigue persistante, troubles de l’attention et de la concentration, irritabilité, difficultés scolaires ou professionnelles, etc. Dans le contexte du syndrome d’Alström, il est important de prendre en compte les limitations sensorielles (notamment la cécité progressive) et les autres comorbidités fréquentes (obésité, diabète de type 2, troubles cardiovasculaires) qui peuvent influencer la qualité et la structure du sommeil.
Investigations paracliniques : actimétrie et polysomnographie
L’évaluation clinique doit être complétée par des explorations du sommeil permettant d’objectiver les troubles. L’actimétrie constitue un outil non invasif qui enregistre les périodes d’activité et de repos sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à l’aide d’un capteur porté au poignet. Elle est particulièrement utile pour analyser les rythmes veille-sommeil sur le long terme, en conditions de vie réelle. Cela permet, par exemple, de mettre en évidence un syndrome de retard de phase du sommeil, des troubles du rythme circadien, ou une fragmentation du sommeil.
La polysomnographie, examen de référence en médecine du sommeil, est quant à elle réalisée en laboratoire spécialisé. Elle enregistre simultanément plusieurs paramètres physiologiques pendant une nuit de sommeil : électroencéphalogramme (activité cérébrale), électromyogramme (activité musculaire), électrooculogramme (mouvements oculaires), fréquence cardiaque, effort respiratoire, saturation en oxygène, et mouvements des membres. Elle permet de diagnostiquer précisément les apnées du sommeil (obstructives ou centrales), les troubles du comportement en sommeil paradoxal, le syndrome des jambes sans repos ou les mouvements périodiques des membres, ainsi que d’autres pathologies du sommeil plus rares.
Dans le cadre du syndrome d’Alström, la polysomnographie est particulièrement indiquée en cas de suspicion d’apnée obstructive du sommeil, en raison du terrain fréquemment obèse et de l’éventuelle atteinte des voies respiratoires. Ces troubles peuvent aggraver la fatigue, les troubles métaboliques et cardiovasculaires, et compromettre la qualité de vie.
Orientation vers une consultation spécialisée en médecine du sommeil
Une fois les données cliniques et paracliniques réunies, une consultation avec un spécialiste du sommeil est fortement recommandée. Ce médecin pourra poser un diagnostic précis en intégrant les résultats des examens, l’histoire du patient, et les comorbidités associées. Il proposera un plan de prise en charge individualisé, tenant compte des spécificités du syndrome d’Alström.
La prise en charge peut inclure des mesures d’hygiène du sommeil (régularité des horaires, limitation des excitants, gestion de l’exposition à la lumière chez les patients malvoyants ou aveugles,), des approches comportementales (comme la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie), et éventuellement un traitement médicamenteux adapté. En cas d’apnée du sommeil, un traitement par machine Pression Positive Continue (PPC) peut être prescrit. Des solutions alternatives, comme des orthèses d’avancée mandibulaire, peuvent être envisagées en fonction de la morphologie du patient et de la sévérité des troubles.
La collaboration interdisciplinaire est souvent nécessaire, impliquant des médecins spécialistes tels que des pneumologues, neurologues, endocrinologues, cardiologues, ORL ou encore des psychologues, afin de prendre en compte l’ensemble des dimensions médicales et psychosociales du syndrome. Un suivi régulier est essentiel pour évaluer l’efficacité des mesures instaurées, ajuster le traitement si nécessaire, et accompagner le patient et sa famille dans une démarche d’éducation thérapeutique.
Stratégies pour l’amélioration de la qualité du sommeil chez les patients atteints du syndrome d’Alström
Le syndrome d’Alström est une maladie génétique rare et complexe, caractérisée par une combinaison de troubles multisystémiques, incluant une atteinte sensorielle, des troubles métaboliques, cardiovasculaires, endocriniens, ainsi qu’une prédisposition fréquente aux troubles du sommeil. La prise en charge du sommeil dans ce contexte nécessite une approche globale, adaptée aux particularités cliniques de chaque patient. Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre afin d’optimiser la qualité du sommeil et, par conséquent, améliorer la qualité de vie globale.
Éducation thérapeutique et sensibilisation au sommeil
La première étape d’une prise en charge efficace repose sur l’éducation thérapeutique du patient et de sa famille. Il est crucial de les informer sur le rôle fondamental du sommeil dans la régulation des fonctions physiologiques, cognitives et émotionnelles, ainsi que sur les conséquences d’un sommeil de mauvaise qualité ou insuffisant. L’éducation doit aborder les principes d’une bonne hygiène du sommeil, incluant la régularité des horaires de coucher et de lever, même les week-ends, l’importance d’établir une routine apaisante avant le coucher, et les effets négatifs de certaines habitudes (alimentation tardive, utilisation d’écrans, consommation de caféine, etc.). Chez les enfants et adolescents, cette éducation doit être adaptée à l’âge et au niveau de compréhension, en incluant les parents ou les aidants dans le processus pour renforcer les comportements favorables.
Dans le cas du syndrome d’Alström, l’éducation thérapeutique est d’autant plus essentielle qu’elle s’inscrit dans une dynamique d’autonomisation du patient à long terme, en tenant compte des déficiences sensorielles (notamment visuelles) qui peuvent compliquer la perception du rythme jour-nuit et perturber les synchronisateurs biologiques naturels.
Adaptation de l’environnement de sommeil
L’environnement dans lequel le patient dort joue un rôle central dans la qualité du sommeil. Il est recommandé de créer un cadre propice au repos, en veillant à ce que la chambre soit calme, bien aérée, à une température confortable, et exempte de stimulations auditives ou lumineuses excessives. Dans le cas des patients atteints du syndrome d’Alström, en particulier ceux présentant une déficience visuelle sévère ou une cécité, la régulation de l’exposition à la lumière revêt une importance particulière. La lumière étant l’un des principaux synchronisateurs du rythme circadien, son absence ou son exposition inappropriée peut perturber le cycle veille-sommeil.
Il convient ainsi de limiter l’exposition à la lumière bleue des écrans (téléphones, tablettes, ordinateurs, télévision) dans les deux heures précédant le coucher. Pour les patients non voyants, des stratégies spécifiques peuvent être envisagées pour favoriser une régulation stable du rythme circadien, notamment l’utilisation programmée de sources de lumière artificielle adaptées en journée, ou des solutions pharmacologiques ciblées (comme la mélatonine).
Interventions médicales et pharmacologiques
Dans certains cas, des interventions médicales peuvent s’avérer nécessaires pour réguler les troubles du sommeil. Parmi les options pharmacologiques, la mélatonine est fréquemment utilisée pour améliorer la qualité du sommeil, particulièrement chez les patients souffrant de cécité, où la sécrétion naturelle de cette hormone est souvent perturbée en raison de l’absence de synchronisation par la lumière. La mélatonine peut aider à stabiliser les cycles veille-sommeil, favoriser l’endormissement, et réduire les réveils nocturnes. Elle doit être prescrite avec prudence, en tenant compte de la tolérance individuelle, du dosage optimal, et des éventuelles interactions médicamenteuses, notamment chez les patients polymédiqués.
Dans d’autres situations, et uniquement sur indication spécialisée, l’utilisation de sédatifs légers ou d’autres classes de médicaments (comme certains antidépresseurs à effet sédatif ou des antihistaminiques) peut être envisagée. Cependant, ces traitements doivent être utilisés en dernier recours, sur une période limitée, et toujours en complément d’une approche comportementale et environnementale.
Prise en compte et gestion des comorbidités
Le syndrome d’Alström est fréquemment associé à des comorbidités métaboliques telles que l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, ainsi qu’à des troubles cardiaques. Ces pathologies peuvent influencer négativement la qualité du sommeil. L’obésité, par exemple, augmente significativement le risque de syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS), qui se traduit par des pauses respiratoires répétées durant la nuit, entraînant une fragmentation du sommeil, des réveils fréquents et une somnolence diurne importante. Il est donc fondamental de dépister et de traiter activement ces affections.
La gestion des comorbidités passe par une approche intégrée incluant un suivi médical régulier, une alimentation équilibrée, une activité physique adaptée aux capacités du patient, ainsi qu’un accompagnement diététique et psychologique si nécessaire. En améliorant l’état de santé général, ces mesures contribuent indirectement à une meilleure qualité de sommeil et à un meilleur équilibre de vie.
Le syndrome d’Alström est une maladie complexe aux multiples facettes, et l’impact sur le sommeil est un aspect crucial mais souvent sous-estimé. Une approche multidisciplinaire, impliquant une évaluation spécialisée et des interventions ciblées, est essentielle pour améliorer la qualité du sommeil et, par conséquent, la qualité de vie des patients.
Lien :
Association France Alstrom : https://alliance-maladies-rares.org/association/association-france-alstrom/