Les incendies de forêts sont devenus une menace majeure pour les écosystèmes et les populations humaines à travers le monde. En été, ils deviennent de plus en plus fréquents et intenses, affectant non seulement les paysages, mais aussi la santé humaine de manière significative. Les impacts sur le système respiratoire sont particulièrement préoccupants, car les particules fines et les gaz toxiques libérés par ces incendies peuvent causer de graves problèmes de santé à court et à long terme.
Des statistiques alarmantes des incendies de forêts
Lorsqu’un feu de forêt brûle, il produit une combinaison de gaz et de particules fines, y compris du dioxyde de carbone (CO2), du monoxyde de carbone (CO), des oxydes d’azote (NOx) et de la matière particulaire (PM2.5 et PM10). La PM2.5, qui désigne des particules de diamètre inférieur à 2,5 micromètres, est particulièrement dangereuse car elle peut pénétrer profondément dans les poumons et même entrer dans la circulation sanguine. Ces dernières décennies, la fréquence et l’intensité des incendies de forêts ont augmenté de manière inquiétante. Selon l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), la superficie brûlée par les incendies de forêts a augmenté de 17% au cours des 20 dernières années. En 2020, l’Australie a connu l’une des pires saisons d’incendies de son histoire, avec plus de 18 millions d’hectares brûlés. Les incendies de forêt en Californie, en Australie et en Amazonie ont attiré l’attention mondiale en raison de leur ampleur et des dommages qu’ils ont causés.
En France, le nombre d’hectares de forêts brûlées entre 2008 et 2023 s’élève à près de 21.273, soit près de 2.300 km2. Cela équivaut à la surface du département des Yvelines. Plus d’une fois et demie la superficie de Paris a été détruite par les flammes en Gironde en juillet 2022. Conséquence directe du réchauffement climatique, les feux de forêts ne cessent de se multiplier en Europe. Les régions les plus concernées restent le sud-est et le sud-ouest, tandis que le centre et l’ouest de la France vont devenir à risque. Et ces incendies vont se poursuivre en France et dans le monde, entraînés par l’augmentation des températures d’une part et un taux d’humidité relativement bas d’autre part. L’intensité et la fréquence des sécheresses vont augmenter avec le changement climatique.
Même si le nombre de feux de forêts augmente depuis 2015, les surfaces brûlées augmentent beaucoup plus rapidement sur la même période car les incendies sont plus destructeurs. En 2022, le nombre de feux était moins élevé mais le nombre d’hectares brûlés connaissait une augmentation de 41%. Et ces mégafeux entraînent des conséquences désastreuses sur l’environnement puisque le feu rejette en effet des millions de tonnes de gaz à effet de serre dans l’air et aggrave le réchauffement climatique, créant dès lors un cercle vicieux.
Les effets de la fumée sur la santé respiratoire
Toutes les personnes exposées à la fumée des incendies de forêt peuvent rapidement ressentir une irritation des yeux, du nez et de la gorge, ainsi qu’une toux persistante. Pour les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), ces symptômes peuvent être exacerbés, entraînant des crises plus fréquentes et sévères. Les services d’urgence enregistrent souvent une augmentation des consultations et des hospitalisations pour des problèmes respiratoires pendant les périodes de feux de forêt. Les enfants, les personnes âgées et les individus ayant des conditions de santé préexistantes sont particulièrement vulnérables. Les signes d’aggravation des problèmes pulmonaires incluent une augmentation de la toux, l’inconfort thoracique, la respiration sifflante et l’essoufflement. Les effets des feux de forêt ne se limitent pas à des symptômes immédiats. Une exposition répétée ou prolongée à la fumée peut entraîner des maladies respiratoires chroniques, une diminution de la fonction pulmonaire et un risque accru de développer des infections respiratoires. Des études ont également suggéré que l’exposition à long terme à la pollution par les particules fines peut être liée à des maladies cardiovasculaires et à un risque accru de cancer du poumon.
Les travailleurs extérieurs, comme les pompiers, les agriculteurs et les ouvriers du bâtiment, sont également à haut risque. Ils sont souvent exposés à des niveaux élevés de fumée pendant des périodes prolongées, ce qui peut entraîner des problèmes respiratoires graves et chroniques… à long terme.
Une des rares études à long terme sur les impacts de la fumée des feux de forêt a été réalisée sur des macaques rhésus dans un laboratoire financé par les Instituts nationaux de la santé (NIH) à Davis, en Californie. Cette étude n’était pas prévue initialement, mais les feux de forêt qui ont éclaté près du laboratoire en juin et juillet 2008 ont enveloppé les enclos extérieurs des singes de fumée pendant dix jours, les exposant à des niveaux de PM2,5 dépassants les normes journalières de l’EPA (L’Agence de protection de l’environnement des États-Unis).
Lisa Miller, Immunologiste spécialisée dans les voies respiratoires au California National Primate Research Center, a examiné les effets de cette exposition sur les singes nés au printemps de cette année-là, âgés de seulement 4 à 6 mois (équivalent à des enfants de 2 à 3 ans). Lorsqu’elle a analysé le sang des singes et l’a confronté à des bactéries en laboratoire, les réponses immunitaires se sont révélées défectueuses, suggérant une incapacité à se défendre efficacement contre les infections bactériennes. Quinze ans plus tard, des anomalies de la fonction immunitaire sont toujours observées chez ces singes.
De plus, Miller a identifié des perturbations dans les rythmes circadiens des macaques, l’horloge biologique régulant les cycles de sommeil et de réveil. Des modifications importantes dans la structure pulmonaire des singes ont été analysées. Cela passe notamment par des niveaux accrus de cortisol en réponse au stress, moins de sommeil et des poumons plus rigides et de plus petit volume. Ces caractéristiques suggèrent une maladie pulmonaire interstitielle, un ensemble de conditions causant des fibroses dans les poumons.
Mesures de prévention et de protection pour lutter contre l’impact des feux de forêts
La prévention du risque incendie de forêt passe avant tout par des comportements responsables. En effet, l’activité humaine est la principale cause de déclenchement d’incendies. Le Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion des Territoires explique d’ailleurs que 90% des départs de feu, que ce soit du fait d’une activité économique (chantiers de BTP, activités agricoles…) ou bien d’une activité du quotidien (mégots de cigarettes, barbecues ou feux de camps) sont dus à des imprudences et à des comportements dangereux, aussi bien de touristes que de riverains. Ils pourraient donc être évités en ayant les bons réflexes au quotidien.Pour minimiser l’exposition à la fumée, il est recommandé de rester à l’intérieur autant que possible, de garder les fenêtres et les portes fermées et d’utiliser des purificateurs d’air. Les gouvernements et les organisations de santé publique jouent un rôle crucial dans la gestion des impacts des incendies de forêts sur la santé. Des initiatives comme la création de zones tampons autour des communautés, l’amélioration des systèmes de surveillance de la qualité de l’air et la sensibilisation du public sont essentielles pour protéger les populations.
Le rôle du PSAD
Lors d’épisodes de feux de forêts et de pollution atmosphérique aiguë, les personnes souffrant de pathologies respiratoires (asthme, BPCO, insuffisance respiratoire, troubles respiratoires du sommeil, maladies pulmonaires chroniques) sont particulièrement vulnérables. Dans ce contexte, le PSAD (Prestataire de Santé À Domicile) joue un rôle important dans la continuité des soins à domicile et la sécurisation de la prise en charge respiratoire.
Concrètement, le PSAD peut intervenir pour :
assurer la mise à disposition, l’installation et le bon fonctionnement des dispositifs respiratoires prescrits (oxygénothérapie, ventilation, aérosolthérapie, PPC, etc.),
vérifier l’adéquation du matériel et accompagner les patients dans son utilisation en période de dégradation de la qualité de l’air,
sensibiliser aux bonnes pratiques de protection respiratoire au domicile (utilisation correcte du matériel, entretien des filtres, respect des prescriptions),
faire le lien avec le médecin en cas d’aggravation des symptômes respiratoires ou de difficultés d’utilisation du dispositif,
participer à l’éducation du patient sur la reconnaissance des signes d’alerte nécessitant une consultation médicale.
Dans un contexte de feux de forêts, où l’exposition aux particules fines et aux irritants respiratoires peut être intense, ce rôle d’accompagnement technique et éducatif contribue à limiter le risque de décompensation respiratoire et à renforcer la sécurité des patients à domicile.
FAQ - prévention et protection pour lutter contre l’impact des feux de forêts
Pourquoi la fumée des feux de forêts est-elle dangereuse pour les poumons ?
La fumée contient des particules fines, du monoxyde de carbone et divers composés irritants qui peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Cette exposition peut provoquer une inflammation des bronches, aggraver des maladies respiratoires existantes et déclencher des symptômes même chez des personnes auparavant en bonne santé.
Quels sont les symptômes respiratoires possibles après une exposition à la fumée ?
Toux, essoufflement, sensation d’oppression thoracique, irritation de la gorge, respiration sifflante, exacerbation de l’asthme ou de la BPCO. Chez certaines personnes, une fatigue inhabituelle ou des maux de tête peuvent également apparaître.
Qui sont les personnes les plus à risque ?
Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, ainsi que les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires sont particulièrement sensibles aux effets de la pollution liée aux feux de forêts.
Comment se protéger en cas de fumées importantes ?
Limiter les sorties, fermer portes et fenêtres, aérer lorsque la qualité de l’air s’améliore, éviter les efforts physiques intenses, et suivre les recommandations des autorités sanitaires locales. Pour les patients sous traitement respiratoire, il est important de maintenir le traitement prescrit et de vérifier le bon fonctionnement du matériel.
Les feux de forêts peuvent-ils avoir des effets à long terme sur la santé respiratoire ?
Des expositions répétées ou prolongées à la pollution des feux de forêts peuvent contribuer à une dégradation de la fonction respiratoire, notamment chez les personnes déjà fragilisées. Les effets à long terme font encore l’objet de recherches, mais la prévention de l’exposition reste un enjeu majeur.
Quand faut-il consulter ?
En cas de gêne respiratoire importante, d’aggravation rapide de symptômes connus, de difficultés à respirer, de douleurs thoraciques ou de symptômes persistants après l’exposition, une consultation médicale est recommandée.
Conclusion
L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des feux de forêts constitue un véritable enjeu de santé publique, en particulier pour la santé respiratoire. L’exposition aux fumées et aux particules fines peut affecter aussi bien les personnes fragiles que la population générale.
Informer, prévenir et accompagner les personnes à risque est essentiel pour limiter les conséquences respiratoires de ces épisodes de pollution aiguë. Une vigilance accrue, un suivi médical adapté et une bonne observance des traitements respiratoires permettent de mieux protéger les poumons face à ces expositions environnementales de plus en plus fréquentes.
En période de feux de forêts ou de forte pollution de l’air, écoutez vos symptômes respiratoires et adaptez vos habitudes. En cas de gêne inhabituelle ou persistante, parlez-en à un professionnel de santé.
Comprendre les effets de la pollution liée aux feux de forêts sur le système respiratoire permet d’adopter des comportements protecteurs au quotidien, pour soi et pour ses proches.