Des facteurs majeurs qui contribuent à la somnolence au volant
Le manque de sommeil est une évidence lorsque l’on parle de somnolence au volant. Et pour cause, ne pas dormir suffisamment la nuit précédente de courts ou longs trajets peut fatiguer mentalement et physiquement le conducteur, surtout s’il ne prend pas le temps de faire des pauses régulières.
La somnolence serait impliquée dans 15 à 33% des accidents mortels (1). Ces effets sont comparés à celui de l’alcool, à savoir : une nuit blanche = un taux d’alcoolémie à 0,9 g/l… et en parlant d’alcool, ce dernier, mais aussi et les drogues, y compris les médicaments sédatifs, peuvent intensifier la somnolence et aggraver les effets de la fatigue. L’alcool altère la coordination, la réactivité, la perception et le jugement du conducteur. Par conséquent, il est plus difficile de réagir rapidement face aux situations d’urgence, de maintenir une trajectoire stable, de respecter les distances de sécurité et de prendre des décisions rationnelles.
10 à 20% des accidents routiers commencent par un bâillement
Les bâillements sont un phénomène courant et naturel qui peuvent survenir pour de nombreuses raisons, y compris la fatigue, l’ennui ou le manque d’oxygène. Les statistiques sur les accidents de la route liés à la somnolence varient selon les études et les pays, mais il est largement reconnu que les bâillements alertes et doivent être pris en compte. Trop d’accidents commencent par un bâillement. La Sécurité Routière annonce que 10 à 20 % des accidents de voiture sont provoqués par des conducteurs qui s’endorment au volant. La somnolence entraîne d’ailleurs un risque d’accident 8 fois supérieur à une conduite en état normal de vigilance et dès les premiers signes, le risque d’accident est multiplié par 3 ou 4.
De ce fait, la somnolence au volant est l’une des premières causes d’accidents mortels sur l’autoroute. Elle représente environ un tiers des cas : des modèles ont estimé que 15 à 33 % des accidents mortels pouvaient impliquer des conducteurs somnolents. Et ce, parce que la somnolence affaiblit insidieusement les facultés de conduite du conducteur, provoquant des accidents qui sont souvent graves, le conducteur n’ayant pas freiné.
Ce facteur humain d’accident est en lien avec la privation chronique de sommeil, le travail à horaires irréguliers et le style de vie comme le jet lag social. Il s’agit pour ce dernier d’un trouble bien documenté du rythme veille/sommeil qui se caractérise par un temps de sommeil raccourci au cours de la semaine, surtout du fait de couchers tardifs et de levers tôt, et un allongement de la durée associé à un décalage du sommeil le week-end (un réveil retardé le samedi et le dimanche).
Pour bien comprendre, lorsque l’on somnole au volant, on plonge dans des périodes de micro-sommeil de 1 à 4 secondes… Et 4 secondes, c’est 150 mètres parcourus en roulant à 130 kilomètres/heure ! Un bref instant qui peut être fatal. Pour l’année 2021, les sociétés d’autoroutes ont recensé 131 accidents mortels. En 2022, cela a augmenté de 14 % par rapport à 2019. C’est dire l’importance de reconnaître les signes d’alerte, de fatigue et d’adopter la bonne attitude au volant, notamment en faisant des pauses toutes les deux heures.
Toutes les deux heures, la pause s’impose !
La plupart des conducteurs le savent, la pause toutes les deux heures est essentielle pour garantir leur conduite. Malheureusement cela est encore trop mis de côté. Dans son rapport de 2023, l’ASFA autoroutes place en effet la fatigue et la somnolence au deuxième rang des facteurs d’accidents mortels (18 % des accidents), devant la vitesse (16 %), et juste derrière les conduites sous l’emprise d’alcool, de stupéfiants ou de médicaments (23 %). Selon les résultats du dernier baromètre de la conduite responsable établie par la Fondation VINCI Autoroutes, plus d’1 conducteur sur 8 a déjà eu, ou failli avoir, un accident lié à la somnolence. Cette somnolence au volant est bien évidement présente sur les autres réseaux routiers tels que les routes départementales ou nationales.
Troubles du sommeil et somnolence au volant
De nombreuses pathologies du sommeil comme le syndrome des apnées du sommeil (SAOS), mais aussi certains médicaments peuvent aussi en être responsables. D’après le Conseil National de la Sécurité Routière, 75 % des patients apnéiques ignorent qu’ils ont un risque plus élevé de somnolence. Pourtant, les troubles du sommeil peuvent jouer un rôle significatif dans l’apparition de la somnolence au volant. Lorsqu’une personne souffre de problèmes de sommeil, elle peut éprouver de la fatigue excessive pendant la journée, ce qui augmente le risque d’endormissement ou de somnolence pendant la conduite. Le risque d’accident des conducteurs apnéiques est ainsi deux fois plus important que celui des personnes non concernées par cette maladie. Ce trouble du sommeil a été reconnu par l’European Respiratory Society (ERS) comme un facteur de risque d’accidents de la route, qui suggère que les médecins devraient systématiquement explorer la somnolence diurne excessive chez leurs patients apnéiques. Néanmoins, cette étude rappelle l’importance et l’efficacité du traitement par Pression Positive Continue (PPC), qui permet de corriger les apnées du sommeil et donc la somnolence en journée, et forcément sur la route.
Concernant les personnes insomniaques, 4,1 % avaient eu un accident lié à la somnolence dans les 12 derniers mois et 9 % s’étaient endormis au volant au moins une fois. Pour les hypersomnies, et notamment la narcolepsie, celles-ci constituent des pathologies à risque accidentel élevé, mais les études sont divergentes. (Pr Pierre Philip).
BOSS : la première échelle de risque de somnolence au volant en cas de trouble du sommeil
En mai 2023 le Bordeaux Sleepiness Scale (échelle de somnolence de Bordeaux- BOSS) a fait son apparition. Ce questionnaire est spécifiquement conçu pour évaluer le risque de conduite lié au sommeil chez les personnes souffrant de troubles du sommeil dont les apnéiques, insomniaques, narcoleptiques, hypersomniaques, sans oublier ceux diagnostiqués avec un syndrome des jambes sans repos.
BOSS examine les kilomètres parcourus et l’auto-perception de la somnolence. L’échelle BOSS fournit une évaluation simple et fiable du risque de conduite lié au sommeil. Les spécialistes à l’origine de ce questionnaire recommandent aux différents médecins de réaliser ce questionnaire auprès de leurs patients apnéiques.
Quels réflexes adopter pour éviter la somnolence au volant ?
Les règles de bon sens veulent que l’on ne conduise pas si nous sommes en dette de sommeil, et d’éviter les « heures à risque », c’est-à-dire celles qui se situent de 2h à 5h la nuit(2), puisque le risque d’accident mortel est 4 fois plus grand la nuit. Il est également recommandé de respecter des étapes successives, et importantes, lors des pauses, à savoir, se forcer à s’accorder un temps de repos, même quelques instants seulement avec la tête dans les bras posés sur le volant et les yeux fermés. Mais aussi s’exposer à la lumière, sortir du véhicule et faire quelques minutes d’activité physique. L’idéal est de garer sa voiture un peu loin de la station-service ou d’un magasin d’autoroute afin de marcher pour les rejoindre. Et enfin, terminer par un en-cas, mais à base de protéines et non de sucres, ceux-ci condamnant, quelques dizaines de minutes plus tard, à un rebond de fatigue : plutôt un sandwich au jambon et au fromage qu’une barre chocolatée ou des chips, et de manger à la lumière, ou s’il fait nuit, mieux vaut le consommer dans la boutique éclairée que dans l’obscurité du parking. Il est également conseillé de boire un café, qui va donner un coup de fouet pendant deux heures environ. Et surtout, dès que vous ressentez un épisode de somnolence au volant, il est urgent de s’arrêter et/ou de faire une pause.(3)
Vous l’aurez compris, la sécurité routière est l’affaire de tous, et chacun doit prendre ses responsabilités pour réduire les risques d’accidents graves.… cela évitera forcément de perdre les pédales !
Quel est le rôle du PSAD face à la somnolence au volant ?
Le PSAD (Prestataire de Santé à Domicile) intervient indirectement dans la prévention des accidents liés à la somnolence, notamment chez les patients souffrant de troubles du sommeil, tels que l’apnée du sommeil, l’insomnie ou d’autres pathologies respiratoires.
Détection et accompagnement
Le PSAD peut :
- repérer la fatigue excessive et la somnolence diurne chez les patients, grâce à ses observations régulières,
- expliquer les risques liés à la conduite en état de somnolence,
- sensibiliser le patient et sa famille à l’importance de respecter le sommeil et les traitements prescrits.
Optimisation du traitement et amélioration du sommeil
Chez les patients sous traitement respiratoire (PPC, oxygène, ventilation), le PSAD :
- vérifie l’efficacité du traitement,
- ajuste le matériel pour réduire les micro-réveils nocturnes,
- prodigue des conseils sur l’hygiène du sommeil.
Une meilleure qualité de sommeil nocturne se traduit par une vigilance accrue pendant la journée, réduisant le risque de somnolence au volant.
Coordination avec le médecin
Le PSAD assure le lien avec le médecin prescripteur si la fatigue diurne persiste malgré un traitement optimal, permettant :
- un ajustement du traitement,
- une orientation vers un spécialiste du sommeil si nécessaire,
- une prévention personnalisée des risques liés à la conduite.
FAQ – Somnolence au volant
Pourquoi la somnolence au volant est-elle dangereuse ?
Même un court endormissement (2-3 secondes) peut provoquer un accident, car le conducteur perd le contrôle du véhicule et ne réagit pas aux dangers.
Quels sont les signes précurseurs ?
- bâillements fréquents,
- yeux qui piquent ou se ferment,
- difficultés à garder le cap,
- oublis de panneaux ou ralentissements,
- sensation de lourdeur ou fatigue intense en conduisant.
Quels sont les principaux facteurs ?
- manque de sommeil,
- troubles respiratoires du sommeil (apnée),
- médicaments somnolents,
- conduite prolongée,
- horaires décalés ou travail de nuit.
Comment prévenir la somnolence au volant ?
- respecter le nombre d’heures de sommeil recommandé (7 à 9 h),
- faire des pauses toutes les 2 heures lors de longs trajets,
- éviter les repas lourds avant la conduite,
- alterner la conduite avec un passager,
- utiliser la PPC ou le traitement prescrit en cas de troubles respiratoires.
Que faire si la somnolence survient en conduisant ?
- s’arrêter immédiatement dans un lieu sûr,
- faire une courte sieste de 15-20 minutes,
- se dégourdir les jambes et boire de l’eau,
- éviter de reprendre le volant si la fatigue persiste.
Conclusion
La somnolence au volant est un danger réel, responsable de nombreux accidents chaque année. Une bonne qualité de sommeil, une gestion efficace des troubles du sommeil et le respect de règles simples sont essentiels pour prévenir ce risque.
Le PSAD accompagne les patients à risque, en optimisant le traitement respiratoire, en sensibilisant à l’importance du sommeil et en coordonnant avec le médecin pour réduire la fatigue diurne. Grâce à cette approche, le patient peut conduire en toute sécurité et protéger sa vie et celle des autres.
1. Somnolence au volant et risque accidentel. Pistes de Prévention. Note d’orientation. Somnolence et Risque accidentel – version finale – Mars 2016 – Conseil National de la Sécurité Routière – Comité des Experts
2. Cenas – Médecine du Sommeil
3. Sécurité Routière