Avec l’âge, le sommeil devient souvent plus léger, plus fragmenté et moins réparateur. De nombreux seniors se plaignent de difficultés d’endormissement, de réveils nocturnes fréquents ou d’un réveil très matinal. Si ces troubles du sommeil sont en partie liés aux modifications naturelles du rythme biologique, l’alimentation joue un rôle essentiel, souvent sous-estimé, pour améliorer la qualité du sommeil. Quels aliments privilégier ? Quels nutriments sont bénéfiques ? Voici les clés d’une alimentation adaptée pour mieux dormir après 60 ans.
Pourquoi le sommeil change-t-il avec l’âge ?
Le vieillissement s’accompagne de nombreuses modifications hormonales et physiologiques qui influencent directement la qualité et la structure du sommeil. Avec l’âge, il est fréquent d’observer une diminution progressive de la production de mélatonine, une hormone sécrétée par la glande pinéale, souvent surnommée « l’hormone du sommeil ». Ce déclin naturel de la mélatonine perturbe l’horloge biologique interne et rend l’endormissement plus difficile, en particulier chez les personnes de plus de 60 ans.
Par ailleurs, le sommeil devient plus fragmenté, c’est-à-dire entrecoupé de réveils fréquents au cours de la nuit. Les cycles de sommeil sont non seulement plus courts, mais aussi moins profonds, ce qui conduit à une impression de sommeil léger et peu réparateur. La phase de sommeil profond, essentielle à la récupération physique, tend à diminuer de manière significative, tout comme la phase de sommeil paradoxal, liée à la consolidation de la mémoire et aux fonctions cognitives.
Ces éveils nocturnes sont souvent aggravés par des facteurs spécifiques liés à l’âge :
- Les douleurs chroniques, notamment articulaires ou musculaires (arthrose, rhumatismes), qui perturbent le confort nocturne.
- Les envies fréquentes d’uriner (nycturie), dues à des troubles prostatiques chez les hommes ou à une hyperactivité vésicale.
- L’anxiété et les ruminations mentales, qui deviennent plus fréquentes en raison de l’isolement social, de la perte d’autonomie ou d’inquiétudes liées à la santé.
- Les pathologies chroniques (diabète, maladies cardiovasculaires, apnée du sommeil) qui impactent le sommeil de manière indirecte.
Tous ces phénomènes concourent à fragiliser la qualité du sommeil et à favoriser une sensation de fatigue persistante en journée, pouvant entraîner une baisse de la vigilance, des troubles de l’humeur, et dans certains cas, un risque accru de chutes.
Ces changements physiologiques sont naturels, mais ils peuvent être aggravés par des erreurs alimentaires : un dîner trop copieux, trop gras ou trop sucré, peut prolonger la digestion et rendre l’endormissement difficile. À l’inverse, un repas trop léger ou pauvre en nutriments essentiels peut provoquer des fringales nocturnes ou des carences en éléments indispensables à la régulation du sommeil.
D’où l’importance d’adopter une alimentation ciblée et équilibrée, adaptée aux besoins spécifiques des personnes âgées, afin de préserver un sommeil de meilleure qualité et d’optimiser leur bien-être global.
Les nutriments essentiels pour mieux dormir
Certaines substances présentes dans l’alimentation jouent un rôle direct sur le système nerveux et le cycle veille-sommeil :
Le tryptophane, un acide aminé précurseur de la sérotonine et de la mélatonine. On le trouve dans :
- Les produits laitiers (lait, yaourt, fromage)
- Les œufs
- La volaille (dinde, poulet)
- Les poissons gras (saumon, sardine)
- Les noix et amandes
Le magnésium, qui favorise la détente musculaire et limite le stress. Il est présent dans :
- Les légumes verts (épinards, brocolis)
- Les légumineuses (lentilles, pois chiches)
- Les céréales complètes
- Les fruits secs et oléagineux
Les glucides complexes, qui facilitent l’assimilation du tryptophane par le cerveau :
- Pâtes et riz complets
- Pain complet ou aux céréales
- Pommes de terre
Les oméga-3, bénéfiques pour le système nerveux :
- Poissons gras (saumon, maquereau, sardines)
- Noix, graines de lin, huile de colza
Les aliments à privilégier le soir pour les seniors
Pour améliorer le sommeil, notamment chez les personnes âgées, le dîner doit être à la fois léger, facile à digérer, mais aussi riche en nutriments favorisant la relaxation et la production naturelle des hormones du sommeil, comme la sérotonine et la mélatonine. Un repas adapté permet non seulement de faciliter l’endormissement, mais aussi de limiter les réveils nocturnes et les inconforts digestifs qui peuvent perturber la nuit.
Voici quelques conseils pratiques à privilégier au moment du dîner :
- Un repas équilibré et digeste : il est essentiel d’opter pour une source de protéines maigres, faciles à assimiler, telles que les œufs, les poissons (comme le cabillaud, le saumon ou les sardines), ou encore les volailles (poulet, dinde). Ces aliments apportent du tryptophane, un acide aminé clé dans la fabrication de la sérotonine, précurseur de la mélatonine. Les protéines doivent être associées à des légumes cuits, riches en fibres douces et en vitamines, comme les courgettes, carottes, haricots verts ou potirons, qui facilitent la digestion sans alourdir l’estomac. Une portion modérée de féculents à index glycémique bas, tels que le riz complet, les pommes de terre vapeur ou les pâtes complètes, est recommandée pour maintenir une glycémie stable durant la nuit et soutenir l’assimilation du tryptophane par le cerveau.
- Un produit laitier : les produits laitiers, en particulier le lait tiède, les yaourts nature ou les fromages frais peu salés, sont d’excellentes sources naturelles de tryptophane et de calcium. Le lait tiède, en particulier, a un effet apaisant traditionnellement reconnu, qui contribue à détendre le système nerveux avant le coucher. Chez les personnes qui digèrent mal le lait, les alternatives végétales enrichies en calcium et sans sucres ajoutés peuvent également convenir.
- Une petite poignée d’oléagineux : les amandes, noix, noisettes ou graines (de courge, de lin, de chia) apportent du magnésium, connu pour ses propriétés relaxantes sur les muscles et le système nerveux, ainsi que des acides gras insaturés bénéfiques pour le cerveau. Attention toutefois à ne pas dépasser une poignée, car ces aliments sont caloriques, et en grande quantité, ils peuvent retarder la digestion.
- Un fruit riche en glucides et en potassium : la banane est particulièrement recommandée car elle contient du tryptophane, du magnésium et du potassium, qui favorisent la détente musculaire et la régulation du rythme cardiaque. D’autres fruits comme la pomme cuite, la poire ou les dattes, en quantité raisonnable, peuvent également convenir en fin de repas, en apportant une touche sucrée légère qui n’impacte pas négativement la qualité du sommeil.
- Boire suffisamment, mais avec modération le soir : il est essentiel de bien s’hydrater tout au long de la journée pour éviter la déshydratation nocturne, qui peut favoriser les crampes ou les réveils inconfortables. En revanche, il est conseillé de réduire les apports hydriques dans les deux heures précédant le coucher, surtout chez les personnes sujettes à la nycturie (envies fréquentes d’uriner la nuit), très fréquente chez les seniors.
En complément, il est recommandé d’éviter les sauces lourdes, les fritures, les plats épicés ou très salés, qui augmentent les risques de reflux acide ou de troubles digestifs nocturnes. Un dîner simple, équilibré et adapté permet ainsi de mettre toutes les chances de son côté pour profiter d’un sommeil plus serein et réparateur.
Les erreurs alimentaires qui nuisent au sommeil des personnes âgées
À mesure que l’on vieillit, la digestion devient plus lente. Un dîner trop copieux, trop gras ou trop riche en protéines animales surcharge l’estomac et perturbe le processus digestif. Résultat : sensation de lourdeur, brûlures d’estomac, reflux gastro-œsophagiens et difficultés d’endormissement.
Exemples d’aliments problématiques :
- Plats en sauce épaisse ou riche en matières grasses
- Viandes rouges ou charcuteries en excès
- Fritures, beignets, panures
- Fromages très gras ou fermentés
- Aliments épicés ou très salés
La consommation d’excitants après 15-16 heures : c’est nuisible ! Café, thé, chocolat noir et certaines boissons sucrées contiennent des stimulants comme la caféine et la théine. Ces substances augmentent l’activité cérébrale, retardent l’endormissement et réduisent la qualité du sommeil, parfois jusqu’à 8 heures après leur consommation.
Exemples d’excitants à limiter en fin de journée :
- Café classique ou espresso
- Café décaféiné (qui contient encore un peu de caféine)
- Thé noir, thé vert, maté
- Chocolat noir (particulièrement au-delà de 70 %)
- Boissons énergisantes ou sodas caféinés (type cola)
Les besoins en hydratation restent importants avec l’âge, mais boire de grandes quantités d’eau ou de tisanes juste avant le coucher augmente le risque de réveils nocturnes liés à des envies d’uriner. Chez les seniors, les troubles de la prostate, de la vessie ou de l’incontinence sont fréquents et aggravent ce phénomène.
Sauter le repas du soir, que ce soit par manque d’appétit, par fatigue ou par habitude, peut provoquer des hypoglycémies nocturnes. Ces baisses de sucre dans le sang favorisent les réveils, les sueurs froides, les sensations de malaise et peuvent nuire à la qualité du sommeil.
L’alcool donne parfois l’illusion de favoriser l’endormissement, car il agit comme un sédatif sur le moment. Mais il perturbe profondément les cycles de sommeil, réduit la qualité du sommeil profond et favorise les réveils précoces. Il aggrave aussi les ronflements et l’apnée du sommeil, fréquente chez les personnes âgées.
Certains nutriments, comme le tryptophane, le magnésium, les vitamines B6 et B9, sont essentiels à la production de sérotonine et de mélatonine, hormones qui régulent l’endormissement et la qualité du sommeil. Avec l’âge, les carences alimentaires sont fréquentes, surtout si l’appétit diminue ou si l’alimentation est monotone.
Aliments riches en tryptophane et nutriments du sommeil :
- Produits laitiers : yaourts, fromage blanc, lait tiède
- Œufs
- Fruits secs : amandes, noix, noisettes
- Banane mûre
- Légumineuses : lentilles, pois chiches
- Céréales complètes
Conseils complémentaires pour favoriser le sommeil
L’Agence SOS Oxygène Garonne St Viance a d’ailleurs organisé sa première soirée d’information sur la nutrition des personnes âgées en EHPAD, réunissant plus de cinquante professionnels de santé. Cette rencontre a favorisé échanges, partages de bonnes pratiques et sensibilisation à l’importance d’une alimentation adaptée pour le bien-être des résidents.
Outre l’alimentation, d’autres gestes simples contribuent à un meilleur sommeil chez les seniors :
- Respecter des horaires de coucher et de lever réguliers
- Exposer son corps à la lumière naturelle en journée
- Pratiquer une activité physique douce (marche, étirements) en matinée ou début d’après-midi
- Créer une ambiance propice au sommeil : chambre calme, température fraîche, obscurité
- Éviter les écrans (téléphone, tablette) avant le coucher, car la lumière bleue retarde l’endormissement
Chez les personnes âgées, bien manger peut considérablement améliorer la qualité du sommeil. En privilégiant des aliments riches en tryptophane, magnésium et oméga-3, tout en adoptant des dîners légers et équilibrés, il est possible de limiter les troubles nocturnes. Une bonne hygiène alimentaire, associée à des gestes simples du quotidien, constitue une stratégie naturelle et efficace pour retrouver des nuits plus paisibles. Optimiser le sommeil des personnes âgées passe par ainsi par l’alimentation, mais aussi par un accompagnement adapté en EHPAD, où le PSAD joue un rôle clé dans le maintien du bien-être et de l’autonomie.
Si les troubles du sommeil persistent malgré ces conseils, il est recommandé d’en parler avec un médecin, car ils peuvent être liés à des pathologies spécifiques ou nécessiter un suivi médical adapté.
Le sommeil des seniors est donc fragile, mais manger mieux, c’est aussi dormir mieux… quel que soit l’âge !
Le rôle du PSAD
Avec l’âge, le sommeil évolue : endormissement plus long, sommeil plus léger, réveils nocturnes plus fréquents. L’alimentation joue un rôle important dans la qualité du sommeil, notamment via l’apport en nutriments impliqués dans la régulation du rythme veille-sommeil (tryptophane, magnésium, vitamines du groupe B) et dans la digestion. Chez les personnes âgées suivies à domicile pour des pathologies respiratoires ou chroniques, ces facteurs prennent une importance particulière.
Le PSAD (Prestataire de Santé À Domicile) s’inscrit dans une approche globale de la santé et du maintien à domicile :
sensibilisation à l’impact des habitudes alimentaires sur le sommeil (repas trop lourds le soir, horaires irréguliers, hydratation),
repérage de troubles associés pouvant perturber le sommeil (reflux, ballonnements, inconfort digestif nocturne),
accompagnement éducatif autour de l’hygiène du sommeil, en lien avec le mode de vie et l’état de santé,
prise en compte de la qualité du sommeil dans l’observance des traitements nocturnes (PPC, oxygénothérapie, ventilation),
coordination avec les professionnels de santé en cas de troubles du sommeil persistants impactant l’état général.
Sans se substituer aux conseils diététiques spécialisés, le PSAD participe à une approche préventive globale visant à favoriser des nuits plus réparatrices.
FAQ - Alimentation chez le sujet âgé
Pourquoi l’alimentation influence-t-elle le sommeil chez la personne âgée ?
Certains nutriments participent à la production de mélatonine et de sérotonine, impliquées dans la régulation du sommeil. De plus, la digestion nocturne peut devenir plus lente avec l’âge, ce qui rend le sommeil plus sensible aux repas copieux ou tardifs.
Quels types d’aliments privilégier le soir ?
Des repas légers, équilibrés, contenant des protéines faciles à digérer, des féculents en quantité modérée et des aliments riches en tryptophane (produits laitiers, œufs, légumineuses) peuvent favoriser l’endormissement.
Faut-il éviter certains aliments avant le coucher ?
Oui : plats gras ou épicés, alcool, caféine, boissons sucrées ou trop abondantes le soir peuvent fragmenter le sommeil ou favoriser les réveils nocturnes.
Les troubles digestifs nocturnes peuvent-ils perturber le sommeil ?
Oui. Le reflux gastro-œsophagien, les ballonnements ou les douleurs digestives sont des causes fréquentes de réveils nocturnes chez la personne âgée.
Les compléments alimentaires sont-ils utiles pour mieux dormir ?
Ils ne doivent pas être pris sans avis médical. Une alimentation équilibrée reste la base, et toute supplémentation doit être discutée avec un professionnel de santé.
Quand faut-il consulter ?
En cas de perte d’appétit, de dénutrition, de troubles digestifs persistants ou de troubles du sommeil qui altèrent la qualité de vie.
Conclusion
Chez la personne âgée, l’alimentation et le sommeil sont étroitement liés. Des repas adaptés, pris à des horaires réguliers et faciles à digérer, peuvent contribuer à des nuits plus calmes et réparatrices. Intégrer la dimension nutritionnelle dans la prise en charge globale du sommeil permet de soutenir le bien-être et l’autonomie au quotidien.
Adapter ses repas peut être une première étape simple pour améliorer la qualité des nuits, en particulier avec l’avancée en âge.
Un avis médical ou diététique peut aider à ajuster l’alimentation afin de mieux concilier digestion, confort nocturne et sommeil réparateur.